​Pierre Houin, nouveau chercheur d’or olympique

2 Juin 2016

 

Quelques jours après sa confirmation dans le deux de couple qui prendra part aux Jeux olympiques de Rio cet été, Pierre Houin s’est confié à Médias Aviron, revenant sur cette étape décisive pour sa carrière sportive et sur son chemin pour arriver jusque-là.
 
Lucerne et son temple de l’aviron mondial, le Rotsee. Ce vendredi 27 mai 2016 restera sans doute gravé dans la mémoire de Pierre Houin : c’est la première fois qu’il s’alignait sur le mythique lac suisse au départ d’une course de la coupe du monde d’aviron, en deux de couple poids léger aux côtés d’une de ses idoles, Jérémie Azou. Une place dans le bateau gagné grâce à sa médaille d’argent aux championnats de France bateaux courts, huit semaines plus tôt. Deux jours et 6 000 mètres plus tard, on leur passait l’or mondial autour du cou. Ce moment-là aussi il s’en souviendra sans doute encore longtemps, de même que les quelques heures qui ont suivi, des heures qu’il a passées avec les autres rameurs du pôle France de Nancy, avant que l’encadrement ne les rappelle, Jérémie Azou, Stany Delayre et lui, pour les réunir au fond d’une travée du rowing centre de Lucerne où l’équipe de France avait installé ses quartiers le temps de la régate. “Jérôme Déchamp a été bref, raconte Pierre, il nous a rappelé l’enjeu et annoncé que le double continuait dans cette composition pour les Jeux”. Il aurait dû se réjouir de réaliser, à 22 ans, un de ses rêves d’athlète de haut niveau, mais l’heure n’était pas à l’exultation, car la tension qui étreignait l’équipe de France depuis plusieurs semaines n’est pas retombée : la confirmation de Pierre Houin signifiait la mise à l’écart du bateau de Stany Delayre, qui occupait la place depuis 4 ans. “Je ne pouvais pas être content, cette décision nous a fait du mal à tous, en particulier à Stany. C’est un grand rameur pour qui j’ai énormément de respect et d’admiration. L’ambiance est restée tendue, je m’étais préparé à ça. Mais même aujourd’hui je n’ai toujours pas l’impression d’avoir commencé à savourer. Je vois les articles qui sortent sur Internet, il y a des choses qui se disent dans un sens comme dans l’autre ; ce n’est pas une période rose pour moi. J’espère enfin savourer en stage, mais je saurai me nourrir de tout ça quand il le faudra, ça me rendra plus fort”.
Une rencontre qui a tout changé
 
Cette route vers les Jeux olympiques, Pierre Houin la trace chaque jour depuis qu’il a porté pour la première fois la combinaison bleu blanc rouge, chez les juniors. Une envie qui, chaque matin, le fait se lever à 6 h pour commencer l’entraînement à 7 h 30 au pôle de Nancy avant de partir en cours puis, en fin de journée, de rejoindre le boulevard d’Austrasie pour son entraînement du soir.
Et pourtant, si depuis qu’il est arrivé chez les seniors tous les commentaires lui promettaient un avenir prometteur, Pierre Houin n’a pas toujours connu que des hauts, comme son début de saison 2014 en demi-teinte avec un pincement de disque aux lombaires. “Ca m’a freiné, je n’étais pas en confiance, la douleur était toujours là. J’avais plein de choses en tête et quand je m’alignais au départ d’une course, je me disais que les autres étaient tous plus forts que moi et je me voyais perdre. Quand on part comme ça…”. Et c’est son coéquipier en équipe de France, Eloi Debourdeau, qui l’a sorti de cette spirale infernale. “Eloi m’a transformé ; il m’a redonné confiance en moi, j’avais à nouveau envie de redevenir meilleur. Je me suis inspiré de sa manière de fonctionner : sans pression. Il m’a changé, j’ai retrouvé mon aspect naturel et compétiteur. Maintenant j’aborde les choses différemment, j’ai gardé un côté ‘Eloi Debourdeau’. Je reste dans la même optique que lui, on est souvent en contact”. Une méthode qui a porté ses fruits, au regard d’une saison 2015 en totale opposition à la précédente, avec entre autres deux titres de champion du monde.
 
Un équilibre important
 
Entre l’aviron et les études, il reste peu de place pour autre chose. Mais son équilibre, Pierre Houin le conçoit en trois temps, le troisième étant ses amis et sa famille. “Le week-end, même si parfois je suis réticent à faire une heure et demi de route pour aller à Trondes où habitent mes parents, je prends la route car ce sont des instants dont je profite. Ca me fait plaisir, ça m’apaise, ça me ressource”. A Lucerne, sur le bord du Rotsee, son oncle qui le suit régulièrement sur les régates, mais aussi sa sœur et son beau-frère, avaient fait le déplacement. “Ca m’a touché et ça a décuplé mon envie. Ils ont découvert ma vie, rencontré mes idoles. Mais surtout ils comprennent pourquoi je fais tout ça, pourquoi je ne suis pas souvent là pour les moments en famille”. D’autres hobbies que l’aviron ? Pierre Houin en a quelques-uns. “J’adore le vélo mais je n’en fais pas : à chaque fois, je me boite ! Je préfère éviter les blessures. J’adore la natation aussi, courir me change les idées. Mais je suis le programme d’entraînement à la lettre, et il y en a déjà assez”. Le cinéma, passer du temps entre amis ou se balader seul et se poser au bord de l’eau pour méditer, mais aussi… cuisiner et pâtisser ! Le poids léger aime en effet faire bonne chère : “J’adore les émissions culinaires, je prends des notes, je relève des idées, même en phase de régime. Par contre là, je cuisine pour les autres”.

“Amat victoria curam” : la victoire aime l’effort, en latin dans le texte ! Cette citation du poète romain Catulle, Pierre Houin en a fait sa devise, allant jusqu’à se la tatouer sur le torse, comme un besoin de se rappeler pourquoi il se lève à 6 h 30 tous les matins. L’effort est là, la victoire, elle, est au bout d’une ligne d’eau de 2 000 mètres, sur le lagoa Rodrigo de Freitas, à Rio.

​Fabrice Petit

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