Aiguebelette, étape cruciale sur la route des Jeux de Rio

16 Sep 2015

 

Les championnats du monde d’Aiguebelette se sont tenus à Aiguebelette du 30 août au 6 septembre. Une importante délégation tricolore a porté haut les couleurs de la France, avec au total six médailles (cinq pour les bateaux poids légers et une en handi-aviron). Six coques sont également qualifiées pour les JO, et deux pour les Jeux paralympiques.

Secteur hommes TC : deux coques seulement qualifiées pour Rio

En finale C du quatre sans barreur masculin, Edouard Jonville, Benoît Demey, Julien Despres et Matthieu Moinaux ont terminé à la troisième place. “On a réussi à chercher des ressources dans ce quatre sans barreur avec de bons gars, à chercher l’envie”, commente Edouard Jonville. Un bateau qui aura eu du mal à se construire cette saison, avec deux de ses membres appelés à être de potentiels remplaçants du huit, mais l’arrivée de Julien Despres a contribué à resserrer les liens. Les rameurs n’ont peut-être pas décroché leur place pour les JO, mais ils y croient pour la régate de rattrapage : “Quand on regarde les faits, poursuit Edouard Jonville, le quatre sans est le plus facile à emmener aux Jeux”. Des propos confirmés par ses coéquipiers.

En finale C du quatre de couple masculin, avec une quatrième place, Benjamin Chabanet, Julien Montet, Mickaël Marteau et Albéric Cormerais sont unanimes sur leur performance. “Le résultat n’est pas bon, lance Mickaël Marteau, on est à la rue, le bateau n’était pas homogène sur les performances individuelles, nos chronos ne sont pas exceptionnels, il n’y a pas de place pour l’erreur une année de qualification olympique”. Avec un niveau mondial de plus en plus dense, il n’y a en effet aucune place pour la chance.

En deux sans barreur masculin, même quota de qualification : il fallait être dans les cinq premiers de la finale B pour qualifier l’embarcation. Germain Chardin et Dorian Mortelette pointaient à la cinquième position après 500 mètres de course, une situation qu’ils ne pouvaient accepter ; petit à petit, ils ont repris du terrain, pour terminer la course à la deuxième place, à 34 centièmes des vainqueurs sud-africains. “On qualifie la coque et ça conclut des championnats du monde moyens, note Germain Chardin, on était pas venus chercher ça, il y a beaucoup de déception, mais on est déjà passés par des situations comme ça et on a fait de belles choses derrière”.

Hugo Boucheron et Matthieu Androdias En deux de couple masculin, Hugo Boucheron et Matthieu Androdias n’ont jamais été véritablement au contact de la tête de course de la finale A ; ils terminent à la sixième place. Une sixième place mondiale pour un jeune bateau composé seulement depuis le début de la saison internationale. “On s’était dit qu’on ne serait pas déçus mais vu les résultats, les chronos, on l’est un peu sur cette course. Mais j’ai envie de me souvenir du parcours, des bons résultats du début de saison ; déjà je savoure la qualification du bateau”. Même sentiment de la part de son coéquipier, avec quelques nuances : “J’ai subi physiquement, j’étais dans le dur. On n’a pas été à notre niveau, le bilan global est quand même positif”. Leur entraîneur, Samy Barathay, va dans leur sens, les plaçant également en dehors de la situation dans laquelle se trouve le groupe hommes TC : “Il ne faut pas mélanger, on ne va pas partager les problèmes des autres ; ils doivent bosser avec les meilleurs, ils ont besoin pour ça du double poids léger”.

En huit masculin, Sébastien Lenté, Valentin Onfroy, Thibaut Verhoeven, Benoît Brunet, Benoît Baratin, Cédric Berrest, Benjamin Lang et Laurent Cadot, barrés par Emmanuel Bunoz, ont terminé à la quatrième place de la finale B, les plaçant ainsi au dixième rang mondial. “On se retrouve face à nos limites, commente Yvan Deslavière, c’est un échec pour la Fédération dont c’était le projet phare, pour nos entraîneurs, pourtant on a bougé des lignes cette année”. Quant à leur avenir dans le bateau, les athlètes ne l’entrevoient pas tous de la même façon. Pour Thibaut Verhoeven, “Il faut attendre, on va digérer ça et voir la suite, on fera ce qu’on nous dira”. Pour Benjamin Lang, qui a déjà vécu deux régates de rattrapage, l’envie n’est plus vraiment là. “Ce serait dommage de tout jeter, mais mon réservoir d’énergie commence à être un peu bas pour le huit”. Concernant les résultats globaux du secteur HTC, Yvan Deslavière affiche également sa déception. “C’est un échec global du secteur, hormis le deux de couple, on espérait une médaille du deux sans, une performance en huit… Les vrais athlètes de haut niveau en France, ce sont les poids légers. Beaucoup de rameurs estimaient avoir de meilleures chances de réussite dans d’autres bateaux, il faut revenir à une réalité”.

Secteur hommes PL Secteur hommes PL : cinq bateaux, cinq médailles

En deux sans barreur, Augustin Mouterde et Théophile Onfroy ont décroché l’argent, juste derrière des Anglais trop forts aujourd’hui. “On visait l’or, explique le Lyonnais, on a fait une très bonne course mais ça n’a pas suffi. On a fait un gros départ, la tactique a marché pour ceux qui nous suivaient. Les Anglais nous ont décalés, il n’y avait plus grand chose à faire, mais on ne regrette rien”. Si les deux rameurs connaissent déjà bien les podiums internationaux, cette médaille, à la maison, est pour eux sans aucun doute la plus belle. “Courir à la maison devant le public, nos amis et nos familles. Sur les 500 derniers mètres, on se fait porter par le public, on savait qu’il y aurait du monde”.

En quatre de couple poids léger, Maxime Demontfaucon, Damien Piqueras, Pierre Houin et Morgan Maunoir n’ont pas chômé, leur médaille est du plus beau métal. L’affrontement franco-allemand a tourné à l’avantage des Français dans les dernières longueurs du bassin. Les tricolores ont tout lâché sur l’enlevage, une de leurs forces, une stratégie payante. Un nouveau titre mondial cette saison pour Maxime Demontfaucon, Morgan Maunoir et Pierre Houin. A la nage, un caractère trempé, au 2 du bateau la puissance, au 3 l’expérience et au 4 les yeux et par conséquent la stratégie : un savant mélange qui a conduit ce “bateau de potes” sur la première marche du podium, concrétisant ainsi à nouveau avec de l’or tout le travail accompli pendant la saison.

En huit, le groupe PL a glanée une autre médaille. Si la course préliminaire ne leur avait pas permis de véritablement jauger la concurrence, ils se sont vite rendus compte que l’Italie avait caché son jeu. “On savait qu’il fallait s’accrocher aux Allemands”, note Gaël Chocheyras. Les tenants du titre n’étaient en effet pas décidés à l’abandonner, ils l’ont d’ailleurs conservé mais non sans mal, car les tricolores n’ont rien lâché. C’est avec l’argent que Gaël Chocheyras, Alexis Guérinot, Clément Duret, Thibault Lecomte, Clément Fonta, Vincent Cavard, Clément Roulet-Dubonnet, Fabrice Moreau et leur barreur Thibaut Hacot sont montés sur le podium. Etre en huit et ne faire qu’un : le bateau, où tout a été pensé collectif depuis la préparation, a démontré une grande alchimie avec, à la nage, l’expérience du “Captain”, Fabrice Moreau, qui conclut là sa carrière de rameur, à la maison, et avec une médaille mondiale, remerciant ses coéquipiers pour cette belle aventure.

L’or a une signification particulière pour un athlète. Il récompense de la plus belle des manières l’effort, la saison, mais il n’a pas toujours la même saveur. Stany Delayre et Jérémie Azou l’ont déjà eu de nombreuses fois autour du cou. Plusieurs étapes de coupe du monde, trois fois au niveau européen, mais le sort le leur avait toujours refusé au niveau mondial. Et c’est en France, sur les eaux du lac d’Aiguebelette, qu’enfin ce métal plus précieux que les autres lorsqu’il est remis à la fin de la saison internationale, devienne la plus belle des médailles pour le duo qui n’a connu qu’une défaite – et encore, avec l’argent – depuis le début de l’olympiade. “Celle-là, ils pourront pas nous l’enlever”, a lancé Jérémie Azou à Stany Delayre après avoir franchi la ligne d’arrivée de leur grande finale. Cette course, comme toutes celles de ces championnats, ce fut la leur, c’était d’ailleurs la consigne du coach Alexis Besançon. Chacun son rôle dans le bateau “Jérémie est fort physiquement et techniquement, explique Stany Delayre, mon rôle est de le mettre dans un fauteuil, de le suivre et de lui coller aux basques sans le gêner, qu’il puisse exprimer son talent à 100%”. Leur parcours d’aujourd’hui, ils l’ont construit comme tous les autres, une stratégie qui les a placés sur la première marche des podiums internationaux : décaler les adversaires, attendre, et lorsque ceux-ci commencent à montrer certaine prétention, les remettre à leur place en lançant des séries. “On ne s’est pas laissés déborder par l’émotionnel, ajoute Jérémie Azou, par l’événement, ni par les coups du sort… Et on a brisé tout ça. De l’intérieur on a bien géré notre course, on a maîtrisé cette finale”.

Le quatre sans barreur poids léger tricolore court après une médaille mondiale depuis le début de l’olympiade, échouant à chaque fois juste au pied du podium. “Encore quatrièmes”, lançait à chaque fois Franck Solforosi… Il ne pourra plus le dire désormais. Alors que le podium semblait se dessiner, rien n’était fait : “Dans les 500 derniers mètres, commente Guillaume Raineau, je vois les Néo-Zélandais qui reculent”. Les tricolores saisissent alors leur chance : “Ce n’était pas académique, ajoute Franck Solforosi, mais il y avait ce qu’il faut”. Le quatre sans barreur français, abonné aux quatrièmes places, résilient cette habitude et accroche le bronze derrière les Suisses et les Danois, offrant au secteur poids léger sa cinquième médaille : cinq bateaux, cinq breloques, dont deux en or !

Noémie Kober et Marie Le Nepvou Secteur féminin

Il fallait être dans les cinq premiers équipages de la finale B du deux sans barreur féminin pour envoyer la coque aux Jeux olympiques, Noémie Kober et Marie Le Nepvou ont fait quatrièmes ! “Christine Gossé nous avait dit qu’on avait le meilleur finish des six bateaux, précise Marie Le Nepvou, mais je me suis dit ça va être un finish de malade”. A la hauteur de l’enjeu. Elles auraient aimé être plus sereines, mais la concurrence avait elle aussi envie de décrocher le déplacement aux JO. Maintenant que la coque a gagné sa place dans le container fédéral, il reste aux rameuses de se maintenir dans l’équipage. “On a qualifié le bateau, ajoute Noémie Kober, maintenant on doit faire nos preuves, faire la différence pour rester la meilleure paire française”.

Hélène Lefebvre et Elodie Ravera-Scaramozzino En finale B du deux de couple, Hélène Lefebvre et Elodie Ravera-Scaramozzino ont l’habitude de partir fort, mais à la fin du premier 500, elles pointaient à la sixième position. Idem aux 1 000, idem aux 1 500… Mais c’était sans compter sur la détermination, la folie, que les deux Françaises peuvent lancer dans la course, ce qu’elles ont fait sur la dernière partie du parcours. Enorme enlevage, on ne peut pas le qualifier autrement. De sixièmes aux 1 500, elles terminent à la deuxième place derrière le double chinois sous les applaudissements des spectateurs français, avec comme un air de samba qui se fait entendre. Mission accomplie : le deux de couple féminin est qualifié pour Rio ! “On ne s’est pas rendues compte qu’on était loin, explique Hélène Lefebvre, on ne s’est pas affolées, on a continué le train”. “Maintenant, à nous de confirmer”, notait Elodie Ravera-Scaramozzino. En effet, la coque est qualifiée, mais pas les rameuses. “Nos noms ne sont pas inscrits sur la coulisse, on doit faire nos preuves et continuer à progresser individuellement ».

En finale B du quatre de couple féminin, c’est une quatrième place qu’on décrochée Pauline Bugnard, Alice Mayne, Eléonore Dubuis et Chloé Poumailloux. “C’est frustrant, commente Alice Mayne, on a dix secondes à gagner. On va rapidement se remettre dans une dynamique, retourner sur l’eau et l’ergo après quinze jours de coupure. Quand on voit Marie, Noémie, Elodie et Hélène, qui sont au-dessus au niveau individuel, on se sert de ça et on se dit que c’est ce niveau là qu’il faut atteindre”.

Finale D du skiff poids léger : Julie Maréchal remporte la course contre son adversaire arménienne.

Finale D du deux de couple poids léger féminin : Camille Leclerc et Laura Tarantola terminent à la première place.

Handi-aviron

Avec une deuxième place en finale B, Anne-Laure Frappart, Guylaine Marchand, Antoine Jesel et Guillaume Lemire, barrés par Lise Joubert, ont qualifié le quatre barré mixte LTA pour les jeux paralympiques de Rio. “On est heureux, lance Anne-Laure Frappart en souriant, même si notre objectif était la finale A. On a su se remobiliser”. “On s’est battus pour attaquer, ajoute Guillaume Lemire, alors qu’hier on a subi”. A la barre, Lise Joubert leur a rappelé l’objectif et tout le travail réalisé pendant l’année pour en arriver là, une stratégie qui a payé. Antoine Jesel a ainsi participé pour la deuxième fois à la qualification d’un quatre barré LTA. L’objectif de tous maintenant : tout faire pour rester dans le bateau pour Rio !


En finale A du deux de couple mixte TA, Perle Bouge et Stéphane Tardieu sont partis très fort. “On voulait tout mettre sur les trois cents premiers mètres, commente Stéphane Tardieu, mais c’est revenu très fort à la fin aussi. C’était une belle bataille, on a pris du plaisir, ce n’est que du bonheur”. Le célèbre duo de l’aviron handi français a tout donné, passant la ligne d’arrivée à la troisième position. “L’entame du championnat a été dure, ajoute Perle Bouge, on n’a pas l’habitude de passer par les repêchages, la finale a été très serrée. Avec Stéphane, on a envie que ça se tienne, on aurait voulu faire retentir la Marseillaise pour notre entraîneur, nos supporters, mais on est heureux, la concurrence est là et elle est forte”.

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