Jérémie Azou et Maxime Gonalons : une passion du sport vécue à fond

26 Mai 2020

 

Fin 2014, Mag Aviron avait réuni deux grands sportifs à Lyon. L’un était capitaine de l’Olympique Lyonnais, l’autre le meilleur rameur français. Le premier a ensuite pris la route de Rome, Valence puis Grenade. Le second s’est envolé pour le Canada. Tous deux s’apprêtent à revenir en France.
Alors que l’on pouvait penser qu’un monde les séparait, Maxime Gonalons et Jérémie Azou partageaient plusieurs points communs. Nous vous proposons de revenir sur leur entrevue de l’époque.

Maxime Gonalons et Jérémie Azou à Tola Vologe.
Maxime Gonalons et Jérémie Azou s’étaient rencontrés à Lyon en décembre 2014 à l’initiative de Mag Aviron. © Eric Marie-Mag Aviron

Centre d’entraînement de Tola Vologe, un soir de semaine. Jérémie Azou rentre d’un stage de ski de fond ; Maxime Gonalons sort de soins, le lendemain d’un match. Le premier suit le football et connaît, de nom, le capitaine de l’Olympique Lyonnais. Le second, passionné de sport, connaît un peu l’aviron pour voir les bateaux circuler sur la Saône, mais ne connaît Jérémie Azou que depuis qu’il est allé voir son palmarès sur Internet, avant la rencontre. Rien de surprenant ni de choquant, la médiatisation des deux sports n’est pas la même. Néanmoins, le courant passe bien entre les deux sportifs de haut niveau qui se sont prêtés au jeu d’une interview croisée, entrecoupée d’échanges en toute simplicité.

 

Qu’est-ce qui vous a amené vers le sport que vous pratiquez aujourd’hui ?

Maxime Gonalons : “C’est mon père, il jouait au foot, c’est un peu une histoire de famille, on allait le voir jouer le week-end, j’ai commencé à 7 ans à Villefranche, au FCVB”.
Jérémie Azou : “C’est mon père aussi qui m’a proposé l’aviron ; je faisais de la natation. J’ai commencé à 12 ans à la Société nautique d’Avignon et j’ai retrouvé des potes d’enfance.

Le fait de pouvoir s’orienter vers le haut niveau a-t-il été déterminant dans la poursuite dans ce sport ?

MG : “Quand on commence non, surtout à 7 ans. Au départ, tu joues au foot, surtout pour te faire plaisir, être avec les copains. Ensuite, tu rentres dans la compétition seulement vers 15-16 ans où on rentre dans un centre de formation ; ça devient l’élite, chaque année tu es jugé. Pour la plupart, on est déjà sous contrat et on entre dans le haut niveau”.
JA : “L’objectif de poursuivre en haut niveau est venu assez vite. J’ai commencé plus tard, mais en arrivant déjà en cadet, avec le match France Grande-Bretagne, l’idée d’aller vers le haut niveau s’est présentée rapidement”.

Y a-t-il eu un moment clé qui a fait basculer votre carrière du bon côté ?

MG : “Par rapport à ce que je souhaitais faire, c’est d’entrer dans l’élite, en centre de formation, qui te donne l’objectif de devenir pro. Déjà en préformation, chaque année il y a déjà de la pression, on peut être mis à la porte. On prend conscience que c’est notre vie future qui se joue”.
JA : “Je n’ai pas vraiment eu de fait marquant qui a fait basculer ma carrière, pour me dire que ça pouvait aboutir un jour aux JO. Ca s’est enchaîné et de manière continue, ça s’est fait assez vite”.

Quelle est votre journée type ?

MG : “On s’entraîne le matin, on arrive à 10 h. A partir de 10 h 30, on commence en salle, avec un pré-échauffement ou de la musculation, ou un travail spécifique. A 11 h, on se retrouve sur le terrain et l’entraînement dure entre une heure et une heure et quart, en fonction des matches ; on peut ne faire que la récupération. Sinon on a des soins, de la balnéothérapie, et on se retrouve pour le repas. Puis une bonne sieste à la maison. Pour être et pour durer, c’est essentiel. En préparation estivale ou hivernale, les charges de travail sont plus élevées et on peut doubler les séances. Les veilles de match, on s’entraîne l’après-midi pour manger ensemble après, en fonction de l’horaire ; on part en mise au vert à l’hôtel plus ou moins tôt”.
JA : “Comme on a moins de compétition, on s’entraîne deux fois par jour quasiment tout le temps. Je suis sur l’eau le matin de 7 h 45 à 9 h 45 au pôle, puis je pars au travail pour une journée qui s’étale de 10 h 30 à 16 h 30. Le soir je m’entraîne en salle de 17 h 30 à 19 h 30, voire 20 h, sur l’ergo, le vélo ou en musculation”.
Pour les deux, l’entraînement est quotidien, sans jamais avoir une journée de repos complète, sauf pour Maxime où tout va dépendre des matches.

A quelle hygiène de vie vous astreignez-vous ?

MG : “Bien manger, bien dormir. L’alimentation est surveillée : pour durer et faire une carrière d’au moins 15 ans, il faut se donner les moyens, sur le terrain, mais surtout en dehors. Il faut aussi se faire plaisir, on reste des hommes, mais il faut faire attention à ce qu’on mange et ce qu’on fait, mais surtout il faut bien dormir”.
JA : “Ma priorité c’est le sommeil, j’essaye de me coucher à 23 h, quand je me lève à 7 h j’ai mon quota. Côté nourriture j’essaie de manger équilibré. Le midi je n’ai pas trop le temps donc je mange peu ; le soir je fais aussi attention, je mets donc plutôt l’accent sur le sommeil et si j’ai bien récupéré, je mets l’accent sur l’alimentation”.

Avant cette rencontre, que saviez-vous l’un de l’autre ?

MG : “Je ne connais pas le monde de l’aviron, mais quand je passe le long des quais de Saône je jette toujours un coup d’œil. C’est un sport qui me semble très compliqué. Je suis un grand fan de sport en général, donc quand c’est les championnats du monde ou les JO, je regarde. Et on a un médecin à l’OL qui nous en parle assez souvent (Emmanuel Orhant, ancien médecin des équipes de France, NDLR). Ce n’est pas télévisé, donc c’est compliqué de voir des images. Avant le rendez-vous, je n’avais pas entendu parler de Jérémie, mais le médecin m’a parlé de lui, il a un beau parcours”.
JA : “Je savais que Maxime était capitaine de l’OL. Je suis le football, et c’est difficile de ne pas suivre quand tu es à Lyon. J’écoute surtout à la radio, je ne regarde pas trop les matches à la télé. Et entre rameurs, on en parle un peu”.

Y a-t-il un événement, dans votre carrière, qui a changé votre vie ?

MG : “Liverpool le 20 octobre 2009 : un match que je ne devais pas jouer ; je suis rentré, à un poste qui n’est pas le mien, et j’ai marqué. Et on a gagné ! Médiatiquement et sportivement, ça a lancé ma carrière”.
JA : “La finale à Londres en 2012. Je me suis dit “plus jamais”. A partir de cette année-là, je m’entraîne encore plus, je ne me pose pas de question le matin alors qu’en commençant ma carrière, je ne me serais jamais dit que j’allais m’entraîner comme ça”.

Quel est l’aspect de votre personnalité qui vous a aidé à en arriver là ?

MG : “J’ai toujours cru en moi, mais c’est surtout la persévérance et le travail. Et l’humilité également”.
JA : “Le mental, pour aller m’entraîner, mais aussi en course, arriver sur les événements sans stresser, déjà très jeune, pouvoir faire la différence là-dessus”.

Au jeu de la question à poser l’un à l’autre, après des échanges déjà nourris, Jérémie Azou s’interrogeait sur les déplacements nombreux que doivent faire les footballeurs. “Ca pompe pas mal d’énergie, répond Maxime, je pense qu’on pourrait durer encore plus si on bougeait moins. Avec le nombre de matches, les déplacements internationaux, les voyages sont nombreux et c’est dur, mais c’est le métier qui veut ça, on peut aussi voyager aussi. On n’a pas le temps de voir, mais on peut découvrir un peu la culture des pays”. C’est la notoriété de l’aviron sur laquelle Maxime a souhaité questionner Jérémie. “Plus de médiatisation, ça a des avantages et des inconvénients. C’est clair que je peux faire mes courses tranquille ! Il n’en manquerait pas beaucoup plus financièrement, et en termes de notoriété. De temps en temps, on signe un autographe, c’est sympa. Et gagner un peu mieux, grâce à la médiatisation, ça permet d’être plus serein. Et on a peu de rendez-vous internationaux dans l’année : si ça passait un peu plus souvent à la télé, ça serait pas mal”.

Les deux sportifs ont également échangé directement, notamment sur les modalités de sélection, Jérémie expliquant le chemin qui conduit le rameur depuis les championnats de zones jusqu’aux France bateaux courts. “Ca se rapproche un peu de nous, commente Maxime Gonalons, il y aussi des présélections pour être en équipe nationale de cinquante joueurs, et ensuite ils en prennent vingt-trois. Il y a cinq ou six rassemblements, mais on est évalués toute l’année, il y a des observateurs à chaque match, tout est décortiqué et on reçoit tout. Ces outils, on les a aussi au niveau du club”. A l’aviron, le suivi n’est pas aussi précis. “Ca va de mieux en mieux, mais on en est encore loin, ajoute Jérémie Azou. Au football, c’est plus complexe, mais il y a une stratégie qui est minime en aviron”.
A l’aviron, les mains encaissent beaucoup. “Au football, ce sont nos pieds qui sont comme ça, explique avec humour Maxime Gonalons, on a aussi des ampoules surtout en début de saison”.
Une autre différence que les deux sportifs ont repérée entre leurs sports, leur mode de compétition : alors que l’un va travailler toute une saison pour une seule course, celle des championnats du monde, l’autre reconnaît qu’en cas d’échec une journée de championnat, la suivante permet de se rattraper.

On a souvent tendance à dénigrer le milieu du football, notamment dans le monde de l’aviron où seule la performance permet aux individus de se retrouver sur le devant de la scène d’une manière toute relative et trop discrète, et pourtant on oublie que ce sont aussi des athlètes d’envergure qui, au-delà des avantages incontestables que le milieu professionnel leur apporte, font énormément de sacrifices pour rester toujours au plus haut niveau. Les échanges, l’intérêt franc et sincère que Maxime Gonalons et Jérémie Azou ont partagés durant une heure le démontrent. En se promettant de se revoir, au bord d’un terrain ou d’un bassin.

Fabrice Petit

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