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Le stress : ami ou ennemi du sportif ?

19 Mar 2020

 

Quelques éléments de psychopathologie du jeune sportif

“Le sportif va chercher la peur pour la dominer, la fatigue pour en triompher, la difficulté pour la vaincre.”
Pierre de Coubertin

Certes, les bénéfices de l’activité physique sur la santé ne sont plus à démontrer. Que ce soit sur la prévention ou l’évolution de nombreuses maladies chroniques, dont les cancers ou les maladies cardio-vasculaires ou plus simplement sur l’état de bonne forme qu’elle génère chez les pratiquants. Mais en est-il toujours ainsi ? De nombreuses études mettent bien maintenant en évidence les effets parfois nocifs de l’activité physique et du sport de haut niveau sur le psychisme des pratiquants d’où le développement ces dernières années de concepts de psychopathologie du sport. Alors, le sport est-il bon ou mauvais pour la santé notamment pour la santé physique ou mentale des sportifs ? Ce premier article sur la question du psychisme des sportifs n’a d’autre but que de vous donner des pistes et vous invitera à chercher à en savoir plus si vous le souhaitez.

Bon ou mauvais stress ?

Lorsqu’on échange avec un sportif de haut niveau, il avoue volontiers avoir été paralysé par la peur avant d’entrer sur le terrain ou de monter sur le bateau et avoir craint de perdre tous ses moyens une fois le départ de la compétition donné. C’est ce qu’on appelle communément le stress négatif. À l’inverse, le même sportif reconnaît avoir puisé une énergie et une force qu’il ne se soupçonnait pas dans cette même angoisse pour en faire un stress positif et se montrer ensuite plus performant. On comprend donc facilement qu’un état psychologique initialement délétère peut devenir une chance pour le sportif pour peu qu’il apprenne à se connaître et à gérer ses émotions. On voit alors bien qu’il existe deux univers qui s’opposent dans celui de l’activité physique. Une pratique bienveillante et “peu stressante” dans les activités de type loisir et une autre “plus stressante” tournée vers la compétition et la recherche de performance.

Qu’est-ce que le stress ?

Le stress est une agression de notre organisme. Elle peut être physique telle une blessure ou une brûlure. Elle peut être aussi psychologique tels le rythme de travail, la relation aux autres ou une obligation de résultat comme dans le sport. Les sources de stress sont multiples. Lorsqu’il est contrôlable, le stress est globalement positif et nous tient en éveil. Dans le cas contraire, il peut entraîner des troubles chroniques : anxiété, troubles du sommeil, dépression, douleurs organiques diverses. Dans le milieu du sport de compétition, deux populations sont particulièrement vulnérables et doivent faire l’objet d’une surveillance particulière : les jeunes sportifs et les sportifs de haut niveau.

Pratique sportive intensive et risques psychopathologiques chez l’enfant et l’adolescent

La pratique intensive d’une activité sportive est un exercice particulier et spécifique qui nécessite une vigilance particulière afin de préserver la santé physique et psychique de l’enfant et de l’adolescent. Être un jeune sportif prometteur ne signifie pas pour autant que l’on est prêt à supporter les contraintes physiques et psychiques de la discipline avec tout ce qu’elle implique : entraînements intensifs, compétitions, éloignement familial, gestion du cursus scolaire en parallèle. La compétition est un moment très particulier générateur d’un stress important, d’émotions au sens large, où joie et tristesse peuvent se côtoyer harmonieusement ou au contraire déclencher des moments de détresse significatifs avec le risque maintenant bien connu de séquelles psychiques à moyen et long terme. Il revient à l’encadrement, notamment technique et médical, d’accompagner au mieux les jeunes sportifs dans leur découverte du monde de la compétition et de détecter les situations à risque. Si les choses sont gérées correctement, il ressort d’un certain nombre d’études que le sport a un rôle de protection contre les symptômes de l’anxiété et de la dépression.

Principaux risques psychopathologiques

Chez l’enfant et l’adolescent, l’anxiété est l’émotion la plus fréquente. Elle varie en forme et en intensité. Il peut s’agir de préoccupations passagères, de malaise durable, d’angoisse chronique, d’épisode aigu. Cette anxiété démesurée est souvent le symptôme d’une fragilité psychique excessive qui devra être dépistée et prise en charge de façon appropriée. Ces troubles psychiques surviennent souvent à une période de grande transformation physique correspondant à l’adolescence : puberté, sexualité, identité, autonomisation liée à un processus normal, riche et structurant, venant s’articuler ou interférer avec une pratique intensive du sport. Ces différents éléments peuvent générer des situations de vulnérabilité psychique qui peut déséquilibrer le sportif dans sa préparation, son développement et sa quête de performance. Rares sont les adolescents qui ne traversent pas ces turbulences anxieuses dans ce tsunami biopsychologique. L’évolution est généralement favorable et constructive.

Les principaux troubles présentés par les enfants et adolescents sportifs

Dysthymie

– Troubles de l’humeur : symptômes dépressifs moins sévères, mais chroniques. Humeur dépressive pendant pratiquement toute la journée, plus d’un jour sur deux, pendant au moins deux ans chez l’adulte. Humeur irritable pendant au moins un an chez l’enfant ou l’adolescent.
– Symptômes d’accompagnement évocateurs d’une dépression : perte d’appétit ou hyperphagie, insomnie ou hypersomnie, baisse d’énergie ou fatigue, faible estime de soi, difficultés de concentration ou à prendre des décisions, sentiments de perte d’espoir.

Troubles de l’adaptation

– Symptômes d’anxiété ou de dépression réactionnels à un élément de stress dans les trois mois précédents
– Symptômes ou comportements cliniquement significatifs :
Souffrance marquée et démesurée en regard des facteurs de stress
Altération significative du comportement social ou professionnel
– Symptômes ne rentrant pas dans le cadre d’une dysthymie comme précédemment décrite
– Symptômes ne rentrant pas dans le cadre d’un deuil
– Symptômes ne persistant pas au-delà de 6 mois après le stress initial

Le trouble de l’adaptation est dit aigu s’il persiste moins de 6 mois et chronique s’il persiste au-delà. La classification des affections médicales (DSM IV) identifie 6 sous-types de troubles de l’adaptation en fonction des symptômes prédominants : humeur dépressive, anxiété, anxiété et humeur dépressive, perturbation des conduites, perturbation des émotions et des conduites, sans précision.

Troubles anxieux

Ce sont des troubles fréquents. Alors que l’anxiété est une réaction normale à certaines situations, un trouble anxieux est diagnostiqué quand les symptômes créent une détresse significative et un certain niveau de dysfonctionnement dans la vie de tous les jours. L’âge moyen de début des troubles est compris entre 7 et 12 ans. La prévalence des troubles anxieux pathologiques chez l’adolescent est de 8 %. Les symptômes sont variés : attaque de panique, agoraphobie, trouble panique, phobie spécifique, phobie sociale, trouble obsessionnel compulsif (TOC), état de stress post-traumatique, anxiété généralisée, trouble anxieux induit par une substance, troubles anxieux non spécifiés. Dans le milieu sportif, les troubles anxieux généralisés sont fréquents chez les jeunes pratiquants.

Episode dépressif majeur

Le tableau est marqué par une humeur dépressive ou une perte d’intérêt ou de plaisir pour presque toutes les activités pendant au moins deux semaines. Le sujet doit de plus présenter au moins quatre symptômes parmi les suivants : modification de l’appétit ou du poids, perturbation du sommeil, diminution de l’énergie, idées de dévalorisation ou de culpabilité, difficultés de concentration ou de prise de décision, idées de mort récurrentes ou idées et tendances suicidaires. Pour que le tableau soit pris en compte, les symptômes doivent être nouveaux ou présents pratiquement toute la journée pendant au moins deux semaines consécutives. Il se traduit souvent par une souffrance cliniquement significative ou par une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines. Certains adolescents peuvent donner le change et présenter un comportement presque normal au prix d’efforts accrus.

Conclusion

Une pratique sportive intensive chez un sujet jeune peut générer des troubles du comportement qu’il faudra savoir identifier à travers quelques symptômes concernant notamment l’humeur, l’alimentation et le sommeil. Rassurez-vous ! Même si cet article catalogue peut vous donner l’impression que le sport est fortement pathogène, il n’en est rien. Ces pathologies restent rares et tout problème a sa solution. Une pratique sportive régulière et moins intensive a surtout des bénéfices sur la santé. Dans de futurs articles seront abordés les problèmes des troubles des conduites alimentaires et la psychopathologie du sportif de haut niveau.

Pour en savoir plus sur la psychopathologie du sport, quelques références bibliographiques :
Lincheneau P-M., Franques P., Auriacombe M., Tignol J. Psychopathologie du sport. In : Encyclopédie médico-chirurgicale, 2002 : no 37-887-A-10.
Psychopathologie : Une approche intégrative de V. Mark Durand, David H. Barlow et al., 24 juin 2016

Docteur Michel BRIGNOT
Médecine et Traumatologie du Sport
Médecin Fédération française d’aviron

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