“Cette année il y a les Jeux, mais ça reste un jeu”

17 Mar 2020

 

Comme chacun des Français, les athlètes de haut niveau ont dû s’adapter au confinement. A l’instar de Matthieu Androdias, les rameurs et rameuses tricolores poursuivent leur entraînement… dans leur salon !

La pandémie de coronavirus Covid-19 qui touche le monde entier fait de nombreuses victimes : au 16 mars, 6633 cas étaient déclarés en France, et 148 décès avaient été enregistrés. Une catastrophe sanitaire qui a fait une victime collatérale : le monde du sport. L’annulation des régates internationales (toutes les étapes de coupe du monde, régates qualificatives pour les Jeux olympiques et paralympiques) puis françaises (championnats de zones, championnats de France bateaux courts, coupe de France des régions), mais aussi la fermeture des clubs et lieux d’accueil des athlètes de haut niveau n’est pas sans incident sur la préparation olympique des sportifs. Les rameuses et rameurs sont eux aussi impactés dans cette préparation, sans avoir pu anticiper suffisamment sur les annonces gouvernementales qui sont tombées les unes après les autres.

Matthieu Androdias, comme les autres athlètes, suivait l’évolution de la situation nationale et celle de notre sport, apprenant ainsi dans un premier temps l’annulation des championnats de zones. Une échéance qui ne le concernait pas, étant sur la liste établie par la direction technique nationale. Mais c’est dimanche matin que le premier coup de semonce est tombé. “On allait au pôle comme tous les jours, explique Matthieu, et le parc de Miribel était fermé, il y avait un vigile. Les locaux étant à l’intérieur d’un lieu public, on a compris que cela faisait suite aux annonces du Premier ministre la veille. On en a quand même profité pour faire une bonne sortie à vélo”. C’est dans la journée du 16 mars que Matthieu Androdias et son coéquipier Hugo Boucheron ont appris l’annulation des championnats de France bateaux courts par Alexis Besançon. “On s’en doutait après l’annulation des zones, commente Matthieu, et ensuite il nous a aidés à installer du matériel chez nous. On sentait le confinement arriver. On a fait le choix de rester chez nous. J’aurais pu partir, mais pourquoi risquer de ramener le virus dans ma famille”. Chacun des deux athlètes bénéficie ainsi d’un ergomètre, d’un vélo d’intérieur, d’une barre de musculation et d’haltères et poids. “On remercie une nouvelle fois nos partenaires qui nous ont aidés à acheter ce matériel, car on s’en sert encore plus aujourd’hui”. Leur entraîneur va leur concevoir un programme adapté pendant les deux semaines de confinement décrétées, mais Matthieu Androdias se pose déjà des questions sur la suite. “Il ne faut plus trop jouer et respecter les consignes, mais si cela doit durer plus de 15 jours, cela va commencer à être compliqué”. Y aura-t-il des dérogations pour les athlètes de haut niveau, afin de leur permettre de rejoindre leur lieu d’entraînement pour retourner sur l’eau ? On commence à en parler en haut lieu. “Ce n’est pas forcément souhaitable de sortir s’entraîner dehors, même si une dérogation a été prévue pour ça, mais dans quelles limites ? Cela a certainement été prévu pour dédramatiser. Je sors faire 30 minutes de footing, mais pour l’instant, j’ai tout ce qu’il faut à la maison”.

Néanmoins, la suite de la saison internationale pose beaucoup de questions. “Il y a d’abord eu les annulations des étapes de coupe du monde, la régate de qualification de Lucerne, on se demande comment les Europe vont pouvoir se tenir à Poznan”. Mais c’est aussi sur les conditions de tenue des Jeux olympiques que Matthieu Androdias se pose des questions : “Si on n’a que 15 jours de coupure, ce ne sera pas trop handicapant sur notre condition physique, mais si ça devait durer plus longtemps… En plus, on n’aura pas de confrontation internationale avant les Jeux. Organiser des piges franco-françaises serait possible, mais cela n’a pas le même impact qu’une vraie compétition internationale : il y a le rendez-vous de l’épreuve, la représentation de la compétition, la mise en condition physique et mentale, tout ça compte. On pourrait envisager un rendez-vous, pourquoi pas, avec les pays frontaliers”. Si tout cela est possible, si la crise sanitaire est derrière nous à temps. Car affronter l’échéance olympique dans ces conditions n’est pas au goût de Matthieu Androdias, comme d’autres athlètes, dans toutes les disciplines, qui commencent à faire entendre leur voix. “L’Euro 2020 de foot a été reporté, on peut se poser la question pour les JO. Je serais bien sûr déçu que ce soit reporté, mais encore plus s’ils étaient maintenus avec une préparation pourrie. On n’a jamais eu de telles armes avec Hugo pour aller aussi haut, je n’ai pas envie de trébucher dans les 100 derniers mètres. Mais peut-être que ce sera ça les Jeux de 2020, car tout le monde ou presque sera dans le même cas. Mais en ce moment, on pense à tout ce qui se passe. Il y a beaucoup plus malheureux que nous. Il y a les Jeux, mais ça reste un jeu”.

Matthieu Androdias vit donc la situation comme tous les autres Français, confiné chez lui, avec beaucoup de lucidité, de pragmatisme et de philosophie. Sans toutefois perdre ses objectifs : parachever sa préparation en retournant sur l’eau dès que la situation le lui permettra.

Fabrice Petit

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