Tokyo 2020 : l’équité sportive en jeu

24 Mar 2020

 

Les voix s’élèvent les unes après les autres contre le maintien des Jeux olympiques aux dates prévues. Et le CIO semble avoir entendu, laissant se fissurer une carapace qui, jusqu’à présent, ne voulait rien céder sur le sujet face à la pandémie de coronavirus.

Les sujets de Sa Majesté Elizabeth II sont de plus en plus nombreux à s’exprimer sur le sujet : après l’Australie et le Canada, les Britanniques ont annoncé hier qu’ils n’enverraient pas d’athlètes à Tokyo si les Jeux olympiques étaient maintenus cet été. Aux Etats-Unis, de puissantes fédérations comme la natation et l’athlétisme font pression sur leur comité national olympique.
Même du côté du comité d’organisation japonais, la position jusqu’ici inflexible commence à donner des signes de fléchissement : Shinzo Abe, le Premier ministre nippon, chantre du maintien coûte que coûte, admet qu’un report semble inévitable.
Il a même rappelé la malédiction qui semble frapper les Jeux olympiques tous les 40 ans. En 1940, la guerre sino-japonaise avait conduit à déplacer l’événement sportif à Helsinki, en Finlande, mais le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale avait conduit à leur annulation. En 1980, la tenue des Jeux à Moscou avait entraîné la non-participation d’une cinquantaine de nations en réaction à l’invasion de l’Afghanistan un an plus tôt.
Xavier Dorfman connaît bien le Japon ; il en entraîne l’équipe nationale d’aviron depuis 4 ans. Il s’est exprimé récemment auprès de Radio Canada et affirme que “la raison devrait l’emporter sur l’argent”. Il reconnaît que les Japonais, s’ils sont assez calmes en ce moment, se posent beaucoup de questions. Quant à la position du CIO face aux annonces d’annulation ou de report, il ne se l’explique pas : “Malheureusement, les Jeux olympiques sont maintenant une grande entreprise financière à laquelle je n’adhère pas. C’est une triste réalité. Si on supprime les Jeux de Tokyo, les conséquences seront lourdes sur les investissements, pas seulement pour les sportifs, mais aussi pour les commanditaires, le tourisme. Enfin, il y a beaucoup de choses à prendre en considération. Il faut être conscient de la gravité de la situation et agir pour le mieux”.
Mais c’est aussi une question d’équité sportive qu’il met en avant. Cette question est aussi soulevée par le directeur technique national, Patrick Ranvier. “Des voix s’élèvent un peu partout, explique le DTN, les conditions de préparation sont inéquitables, c’est ce qui me dérange”. Il est évident que l’entraînement n’est pas optimisé. “Les athlètes conservent leurs qualités physiques, poursuit Patrick Ranvier, mais la cohésion technique ne peut pas se travailler. S’il y avait équité, on pourrait l’imaginer. Mais comme on ne connaît pas les capacités d’autres nations moins touchées ou qui le sont depuis moins longtemps à poursuivre l’entraînement, ou les règles que leur gouvernement applique, ce n’est pas équitable. Et n’oublions pas que si 57 % des athlètes sont qualifiés, il en reste 43 % qui ne le sont pas”.
Le fait qu’on aborde de plus en plus le report commence à rassurer le DTN. “C’est la sagesse qui permettra de prendre cette décision”. Mais la durée du report provoque chez lui une autre inquiétude. “Au-delà d’un report à l’automne qui serait souhaitable, quid des quotas déjà acquis et de la capacité des athlètes qui les ont acquis un an plus tard, ou deux ans ? Cela me paraît compliqué. Il vaut mieux envisager l’automne, si la situation sanitaire le permet bien sûr. Mais à l’heure actuelle, tout le monde attend la réaction de tout le monde, c’est une situation inconnue et inédite dans l’histoire moderne, cela nous oblige à être adaptables et réactifs”.
Le CIO s’est donné quatre semaines pour décider, mais la solution pourrait arriver avant : Dick Pound, membre canadien de l’institution olympique, s’est confié à USA Today récemment. “Sur la base des informations dont dispose le CIO, déclare-t-il, un report a été décidé. Les paramètres pour l’avenir n’ont pas été déterminés, mais les Jeux ne commenceront pas le 24 juillet, je le sais”.
Les informations contradictoires se multiplient ces derniers temps, mais la tendance semble pencher de plus en plus en faveur d’un report. De quoi garantir une meilleure équité sportive, mais la pandémie laissera des traces.

Fabrice Petit

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