Le huit français à nouveau dans la tourmente

3 Jan 2015

 

Alors qu’une partie du groupe hommes toute catégorie s’apprête à s’envoler pour Séville, Matthieu Androdias et Julien Despres ont annoncé leur volonté de ne pas vouloir y prendre part. Une décision qui pourrait ne pas être sans conséquences…

Un nouvel épisode dans le feuilleton du huit français s’est déroulé ces derniers jours. Comme l’a annoncé notre confrère de l’Equipe le 1er janvier, deux des éléments qui composent la coque depuis sa “renaissance” en 2013 – au retour du directeur technique national Patrick Ranvier – ont quitté le navire. Matthieu Androdias et Julien Despres, rameurs de l’Aviron bayonnais, ne prendront pas part au stage qui doit se dérouler du 5 au 17 janvier sur le Guadalquivir (Séville). Même si cette décision est le fruit d’une longue réflexion de la part des deux athlètes, elle ne recueille pas l’assentiment de l’encadrement fédéral.

Après le stage en novembre à Aiguebelette et le travail sur la cohésion du groupe, beaucoup de choses semblaient réglées et l’équipe renforcée. Les piges qui se sont tenues à Soustons en quatre sans barreur et en quatre barré en décembre ont alors permis d’affiner la situation de chacun et de commencer à déterminer qui ferait quoi : position dans le bateau et plus généralement pointe ou couple. Si des rameurs allaient faire partie de l’éventuelle base de travail pour le huit, d’autres comme Jean-Baptiste Macquet, Hugo Boucheron ou Benjamin Chabanet allaient être orientés vers la couple. “Le dimanche on a fait un parcours handicap en huit entre les A et les B, commente Yvan Deslavière, chef du secteur TC et entraîneur du bateau roi, en mettant des objectifs collectifs et individuels. On a débriefé avec les athlètes, certains ont reconnu que c’était leur meilleur parcours de l’année, même Matthieu Androdias”. Ce dernier était venu déjà à Aiguebelette en voulant se faire convaincre qu’une performance mondiale était possible en huit. Adhérant à la démarche mise en place par le nouveau responsable du collectif TC, il ne parvient pas à se projeter dans l’embarcation, témoignant d’un état de souffrance. 
“Matthieu s’est senti moteur du bateau lors du parcours du dimanche, ajoute Yvan Deslavière, mais il a du mal à envisager d’avoir comme objectif d’y participer”. Julien Despres n’a quant à lui pas participé aux piges de Soustons, après avoir reçu un avis contraire au point de vue médical, victime d’un véritable coup de fatigue autant physique que moral. “L’état de forme général des rameurs nous importe, souligne le chef de secteur, le mental impactant sur le physique”. Tous deux étaient néanmoins convoqués à Séville, l’encadrement fédéral leur ayant rappelé lors de différentes discussions de ne pas fermer la porte à l’idée du huit, d’essayer d’avancer en revenant aussi à la notion de plaisir lors de la performance. Quatorze rameurs devaient donc prendre part au stage en Espagne, mais ils ne seront au final que douze : Matthieu Androdias et Julien Despres ont annoncé le 29 décembre qu’ils n’y participeraient pas. Yvan Deslavière en a donc avisé le directeur technique national dont la décision ne s’est pas faite attendre : suspension jusqu’à nouvel ordre de l’équipe de France pour les deux rameurs ! “Nous avons amené des choses concrètes et des objectifs aux rameurs, rappelle Yvan Deslavière, et la probabilité d’un podium aux mondiaux n’est pas meilleure en quatre sans barreur qu’en huit, il n’y a pas de raison réelle de penser que l’herbe est plus verte ailleurs. A l’issue des piges de Soustons, rien ne prouve que l’on part dans le mur avec le projet du huit”. Au groupe constitué jusqu’alors, l’entraîneur avait annoncé un podium aux championnats du monde d’Aiguebelette. “Maintenant je vais revoir ma copie d’annonce, corrige-t-il, là j’espère une qualification de la coque ; je ne dis pas qu’on ne sera pas sur le podium, mais en terme d’annonce je vais être plus mesuré. Il est toujours possible à Matthieu et Julien de revenir, mais ils vont devoir prouver qu’ils peuvent apporter quelque chose au groupe, car la construction continue”. Si Yvan Deslavière respecte et entend la décision des deux athlètes, il rappelle qu’ils ne pourront pas faire ce qu’ils veulent ; une sortie du dispositif pourrait en effet être lourde de conséquences pour eux avec, en premier lieu, un remboursement des frais engagés demandé par le DTN.    
Pour Matthieu Androdias, son absence à Séville n’est que l’officialisation d’une décision réfléchie et prise depuis longtemps. “Après deux années difficiles, j’avais de gros doutes, explique l’athlète. Je suis arrivé à Aiguebelette en voulant être convaincu par les nouvelles propositions ; j’ai joué le jeu notamment des séances de dynamique de groupe qui ont fait ressortir beaucoup de choses et je me suis laissé le temps de la réflexion jusqu’à Soustons. Avant de m’y rendre, j’ai contacté Yvan Deslavière en lui confirmant mes doutes, et la souffrance du groupe pendant ces deux années de huit. Il ne faut pas se voiler la face, il suffit de regarder tout ce qui s’est passé, avec l’arrivée de Dorian Mortelette et Germain Chardin qui sont finalement retournés en deux sans barreur, avec le départ de Julien Bahain… J’ai participé aux piges à Soustons car c’était une étape importante pour le groupe et je voulais le perturber le moins possible. On a fait un bon parcours le dimanche, mais comme on en a déjà fait lors d’autres stages ces deux dernières saisons. Des fois on se trouve tout de suite, et ça donne ce qui s’est passé. Mais on n’est pas encore capable d’aller chercher cette marge que l’on nous donne”. Matthieu Androdias a donc envoyé un mail annonçant qu’il se retirait du projet du huit, ce qui n’a apparemment pas surpris ses coéquipiers.    

Julien Despres, qui n'avait pas pris part aux piges à Soustons, a lui aussi beaucoup donné au projet fédéral lancé en 2013. “Je m'y consacre depuis deux ans, rappelle-t-il, je m'y suis lancé à fond, j'ai souvent remotivé les autres, donné un coup de boost à mes coéquipiers, mais là je suis au bout du rouleau”. Le rameur de l'Aviron bayonnais est arrivé à Soustons à bout de souffle et ne s'estimait pas pouvoir apporter quelque chose au bateau. “Le projet s'enclenche sur une dynamique différente, Yvan veut modifier le programme, les règles, en partant notamment sur un groupe assez réduit. J'ai essayé de me projeter, j'ai écouté Yvan et Patrick Ranvier, je comprends les enjeux, mais dans ma tête je ne me sens pas dans l'idée de revenir dans le groupe du huit ; tout cela apporte du poids et des contraintes dans un quotidien déjà assez compliqué”. Julien Despres, lui aussi en souffrance, estime avoir manqué son début de saison, notamment son test ergo, et commence enfin à retrouver une certaine sérénité dans ses entraînements. “On a reçu un mail très fort de la part du DTN Matthieu et moi, maintenant il faut que les choses se posent et se calment, que tout le monde y réfléchisse. Les élus auront leur mot à dire, les athlètes peut-être aussi. On est un sport amateur, notre seul désir est de prendre du plaisir à la performance. Avec Matthieu, on a beaucoup donné ces deux dernières années, et on a montré qu'en allant contre nos convictions, en se forçant à aller dans ce bateau, ça ne donnait pas de bonnes choses”.

Les deux athlètes, bien que désormais en dehors du collectif tricolore, poursuivent leurs entraînements quotidiens en vue de la prochaine échéance nationale : le championnat de France bateaux courts. Mais Yvan Deslavière les a mis en garde : “Après les bateaux courts, il n'y a aucune assurance : je les ai prévenus, cette décision va vous peser”. On a toutefois du mal à envisager comment une belle performance – à laquelle ces deux rameurs nous ont habitués – lors du rendez-vous de Cazaubon pourrait ne pas signifier leur retour en bleu blanc rouge. Tout du moins, on ne comprendrait pas que ce ne soit pas le cas.

Le projet du huit, voulu rassembleur par la Fédération, démontre qu’il peut aussi diviser et soulever plusieurs questions, notamment sur la volonté des rameurs à y prendre part. L’encadrement fédéral n’a jamais manqué de souligner que les athlètes devaient se l’approprier, mais on entrevoit aujourd’hui la limite de vouloir à tout prix inclure dans le bateau roi les meilleurs éléments nationaux. Cette politique, qui a déjà été écornée à plusieurs reprises, démontrant ainsi ses limites, mérite une réflexion plus qu’approfondie et élargie.

Fabrice Petit

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