Du haut niveau au Sport Santé : et s’il n’y avait qu’un pas ?

» Du haut niveau au Sport Santé : et s’il n’y avait qu’un pas ?


“Il n’y a pas de modèle pour qui cherche ce qu’il n’avait jamais vu.”
Paul Eluard

Souvent, une discipline sportive n’est connue du grand public que par les exploits de ses champions. Ceux qui battent des records, gagnent des médailles, font la une des médias. L’aviron n’échappe pas à la règle, même s’il est un sport très confidentiel dont on ne parle vraiment que tous les 4 ans, au moment des Jeux olympiques, pour peu que nos représentants s’y distinguent.
Mais bien plus que cela, bien au-delà de cette vitrine du sport que sont les sportifs de haut niveau, ils sont aussi un exemple. Un modèle de ténacité et de régularité. L’image des valeurs morales que devraient véhiculer toute pratique sportive. Mais aussi, peut-être, pour le plus grand nombre, la preuve qu’on peut toujours atteindre un objectif dès lors qu’il est réaliste, qu’on y travaille et qu’on se donne les moyens de franchir les obstacles physiques et psychiques qui se dresseront inévitablement sur le chemin qui peut être long avant le but.
Et c’est sans doute là que l’exemple du sport du haut niveau peut servir d’autres pratiques sportives plus modestes, mais tout aussi méritantes, au rang desquelles je distinguerais le Sport Santé.
Il apparaît donc légitime de se poser cette question des enseignements que le sport de haut niveau peut apporter au Sport Santé même si celle-ci peut sembler choquante ou surprenante de prime abord.

Quels parallèles entre le sport de haut niveau et le Sport Santé ?

Les bénéfices d’une activité physique à de fines thérapeutiques ne sont plus à démontrer dans les maladies chroniques. Les preuves abondent quant aux vertus de l’exercice à tous les niveaux de prévention des maladies et j’y reviendrai plus tard à l’occasion d’un autre article.

L’approche psychologique du pratiquant

Il peut alors être intéressant de considérer le malade comme un sportif naïf, débutant, à qui il va falloir inculquer des rudiments d’une pratique plus ou moins spécifique avec ses particularités techniques et biomécaniques. Mais en réalité, bien sûr du fait de son âge, le malade chronique n’est jamais vraiment totalement un débutant dans la vie. Il a déjà souvent vécu de nombreuses expériences à travers sa maladie, parfois heureuses, le plus souvent malheureuses et douloureuses, qui seront donc autant d’évènements marquants laissant des traces et des cicatrices dont il lui faudra, au mieux guérir, au pire s’accommoder, pour le mener vers une pratique sportive optimale et positive dans laquelle il se sentira bien. Cela suppose un dialogue préalable, une phase de mise en confiance du malade avec son encadrant, que celui-ci soit un cadre sportif ou un enseignant en activité physique adaptée. On retrouve là un schéma relationnel qui se rapproche de celui d’un compétiteur ou d’un sportif de haut niveau avec son entraîneur avec toutes les difficultés qui peuvent se présenter pour gérer le moral du sportif en travaillant sans cesse la qualité de sa motivation. Cette dimension psychologique de la pratique sportive s’intègre dans une démarche beaucoup plus large de socialisation du malade souvent initialement marginalisé ou précarisé de par sa pathologie.

L’évaluation physique du pratiquant

Amener un malade chronique vers une remise en mouvement et une diminution de sa sédentarité suppose qu’on ait précisément dans un premier temps évalué les capacités physiques de ce malade par des tests spécifiques. Dans la grande majorité des maladies chroniques, les limitations fonctionnelles sont là avec leur cortège de douleurs ou de raideurs. Toute la subtilité de la prise en charge du malade consistera à lui proposer une activité physique qui lui soit accessible en tenant compte des facteurs limitants tels que la douleur ou des blocages psychologiques. Mais pour autant, il va falloir aussi savoir pousser le malade dans ses retranchements pour lui permettre de progresser. L’accompagnant du malade devra savoir doser le contenu des programmes pour le faire avancer sans le décourager dans sa démarche. On retrouve là encore une similitude avec la préparation physique des compétiteurs. La mise en place d’un plan d’activité physique adaptée et appropriée s’apparente à la préparation d’un programme d’entraînement spécifique au sportif.

Le support matériel utilisé pour l’aide à la pratique

Tous les malades chroniques ne sont pas capables de fournir le même effort physique. Cela dépend bien sûr déjà de facteurs physiologiques tels l’âge, le sexe, la morphologie. Cela dépend aussi du type de pathologie qui peut toucher soit l’appareil cardio-respiratoire, c’est-à-dire le moteur du malade, ou bien l’appareil ostéo-articulaire, c’est-à-dire la carrosserie et les organes de transmission du véhicule. Tout n’est pas aussi simple et on pourra aussi souvent rencontrer des malades porteurs de plusieurs pathologies intriquées qui seront autant d’éléments limitants dans la mise en mouvement. Dans tous les cas, dès lors qu’on aura précisé le type de malade auquel on a affaire, il faudra ajuster le support matériel qu’on proposera au sujet. Pratique sportive en charge ou en décharge ? A terre ou sur l’eau ? Exercices de musculation à des charges plus ou moins importantes ? Le matériel doit être adapté à la morphologie, au niveau de performance et au stade de gravité de la pathologie du malade. De la même façon que le matériel doit être adapté et réglé pour un sportif compétiteur en veillant à éviter la survenue de technopathies, c’est-à-dire des pathologies induites par un matériel inadapté ou mal réglé.

Les règles générales de bonne pratique de l’exercice ou de l’activité sportive

Enfin, on s’attachera à respecter les mêmes règles générales dans la prise en charge des malades chroniques que celles préconisées pour les sportifs compétiteurs et là, rien de très innovant ou révolutionnaire dans tout ce qui concerne la vie du pratiquant autour de son activité physique. Régularité de la pratique, ajustement de la charge ou du volume de pratique, respect des règles hygiénodiététiques de base (alimentation, hydratation, repos, récupération, qualité du sommeil) si ce n’est que chez le malade, la pathologie devra être le mieux contrôlée possible, comme chez le sportif la prévention et le traitement des blessures devra être un souci constant.

Conclusion

Alors oui, même si le propos peut choquer de prime abord, il n’y a qu’un pas du sport de haut niveau au Sport Santé et l’un doit immanquablement servir de modèle à l’autre. Mais pour les premiers, l’objectif sera la médaille alors que pour les autres il sera un meilleur contrôle de la maladie chronique en se servant de l’activité physique comme un des éléments de traitement. J’espère que ces quelques lignes vous aideront à mieux comprendre qu’il n’y a pas un tel fossé entre ces deux populations, les sportifs et les malades, qui doivent toutes deux trouver leur place au sein d’une fédération sportive qui veut s’ouvrir au plus grand nombre.
Et sans compter aussi les nombreux exemples de malades chroniques qui ont pu accéder au statut de sportif de haut niveau à force de courage et ténacité…

Dans un prochain article, je vous parlerai des principales pathologies chroniques dans lesquelles on peut proposer la pratique de l’aviron dans le cadre très large de l’Aviron Santé.

Docteur Michel BRIGNOT
Médecine et Traumatologie du Sport
Médecin Fédération Française d’Aviron

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