
Ils étaient 1 200 000 jeunes à avoir pris une licence UNSS, tous sports confondus, la saison dernière. Sur cette année scolaire, il faut en enlever environ 20 %. C’est le constat fait par Philippe Dekeyser, directeur des sports de l’UNSS. Mais ce n’est pas le seul impact qu’a eu la crise sanitaire sur la fédération. “Dès décembre nous avons pris la décision d’annuler nos 140 championnats de France, poursuit Philippe Dekeyser. Nous avions deux raisons pour motiver cette décision : nous craignions la poursuite de la crise sanitaire, mais ce sont aussi les frais qui étaient engagés par ceux qui recevaient les compétitions qu’il allait falloir assumer pour rien. On ne peut pas se permettre de perdre ça deux années de suite”. Du côté de l’aviron indoor, la question lui avait été posée par Sébastien Roure, très impliqué dans ce domaine, de s’inscrire dans la démarche du MAIC fin janvier. “En tant que directeur de tous les sports, je ne pouvais pas déontologiquement donner mon accord pour l’aviron, même si c’est un sport que j’affectionne, par rapport au foot, au rugby, au cross… qui eux n’auraient rien”.
“Les profs ont dû s’adapter”
Interdiction de brassages entre établissements, voire entre classes ou pas de sport du tout le mercredi dans certaines académies quand d’autres étaient plus souples, tout le territoire n’a pas réagi de la même manière entre l’est très touché et l’ouest plus épargné. “Les profs ont dû s’adapter comme ils le pouvaient, notamment lorsque la pratique sportive était interdite en intérieur pour l’EPS. Quand on est dans les Vosges et qu’il y a 30 centimètres de neige, pas le choix, il fallait faire du sport en extérieur”. Il a aussi fallu être inventif, pour ne pas laisser une saison entièrement blanche aux élèves, leur proposer des challenges. L’UNSS a donc lancé le Trophée des AS (associations sportives). “Cela a été fait dans 43 sports différents, commente Philippe Dekeyser, avec des épreuves dans chaque établissement. Un classement sera établi selon un barème qui tiendra compte de l’engagement des associations et des élèves”. Le collège et le lycée qui auront été les plus actifs seront invités en VIP fin juin sur une étape du Tour de France, en Bretagne, avec un accès privilégié. “Ils seront hébergés dans des familles et pourront découvrir la culture de la région avec, en point d’orgue, l’événement sportif”. Pour l’aviron indoor, ce sont 11 épreuves qui ont été conçues avec le concours de Marion Jullien et Hélène Gigleux et parmi lesquelles les professeurs pourront piocher. L’UNSS envisage de garder ce concept l’an prochain en fil rouge, même si elle espère renouer bien entendu avec ses compétitions classiques. Une situation qui a incité Philippe Dejeyser a rempiler pour une nouvelle année, avant de prendre une retraite qu’il aurait déjà pu prendre l’an passé. “Je ne veux pas partir sur une telle saison”.
Entre ergo et bateau à Mittersheim
Sébastien Roure, dans son club, mais aussi dans le collège où il enseigne à Château-Salins, s’est lui aussi adapté au contexte sanitaire. “Depuis la rentrée de septembre, nous avons dû nous réinventer. Surtout avec les conditions pour l’EPS depuis 2 mois. Nous avons 15 ergomètres au collège, ils ont servi à tout le monde, notamment durant la semaine olympique où nous avons créé un défi pour tous les élèves, en cumulant des kilomètres”. La seule compétition à laquelle les élèves ont pris part, ce sont les indoor sprints de World Rowing, en distanciel. Voilà pour le côté ergo, le côté bateau est lui aussi impacté, avec une pratique en skiff qui reste la seule autorisée. “Je n’ai pas assez de bateaux individuels au club, poursuit le président de Mittersheim, je ne me voyais pas refuser des élèves pour le premier stage, donc on a les a fait ramer en escadrille en alignant en V 25 ergomètres, de rendre l’exercice ludique”. Aux vacances de Pâques, si la situation sanitaire le permet, il prévoit de retourner sur l’eau. Même si, dans sa gestion quotidienne, ne voyant pas le bout du tunnel, la démotivation est prégnante. “On s’autolimite. J’ai abandonné l’idée de faire quelque chose et la suppression des championnats scolaires a été un coup dur. Mais les gamins ont envie de bateau, on va faire en sorte que cela soit possible”. Ce temps gagné, Sébastien Roure le consacre à la formation. “On peut s’occuper un peu plus d’eux, travailler sur le fond. Je leur ai présenté le log book sur le site de Concept2. On les prépare au mieux pour l’année prochaine”.
Fabrice Petit