Matthieu Androdias : « J’ai découvert ce que c’était d’être supporter »

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Il n’était pas à Belgrade, mais Matthieu Androdias a vécu les championnats à distance. Pas moins stressé que s’il y était.

Le deux de couple est qualifié pour Paris 2024. Cette mission qui revenait normalement à Hugo Boucheron et Matthieu Androdias, ce dernier n’y a pas pris part. Une infection lui a été diagnostiquée au début de l’été, et une batterie de tests n’a pas permis d’en déterminer l’origine. « On a pensé un temps qu’il s’agissait de la mononucléose, explique Matthieu Androdias, mais elle n’en avait pas les marqueurs. On avait l’espoir que je puisse participer aux mondiaux. J’ai vu une infectiologue, cela n’a rien donné ». Il avait pris part au stage à Soustons, et la décision avait été prise de ne pas l’engager sur Belgrade. « Maintenant je me sens beaucoup mieux, je voulais savoir ce que j’avais, mais je n’ai pas de nouvelles, donc j’arrête de chercher et je me concentre sur la suite ».

Mais cela ne l’a pas empêché de suivre de très près ce qui se passait en Serbie. Et pour cause, c’est la coque dans laquelle il rame qui devait gagner son ticket pour Paris. Et tout a été fait pour qu’il puisse vivre la compétition avec le groupe. L’entraîneur du bateau, Alexis Besançon, avait mis en place un groupe WhatsApp avec Valentin Onfroy, Hugo Boucheron et lui pour qu’il puisse échanger. « Matthieu nous envoie des nudes, lançait Hugo Boucheron avec l’humour qu’on lui connaît, il nous écrit, il nous suit ». Plus sérieusement, le rameur bloqué chez lui ne voulait pas non plus trop interférer « Je les ai laissés quand même un peu tranquilles, ils avaient besoin de resserrer la bulle, les échanges étaient réduits à l’essentiel, je ne voulais pas les embêter trop ».

Le stress que l’on ressent habituellement en compétition, Matthieu Androdias en a découvert l’autre face : celle que l’on vit quand on n’est de l’autre côté de la barrière, sur le bord du bassin ou devant son écran. « Ca a été long cette semaine, poursuit-il, j’étais en apnée. J’ai découvert ce que c’était d’être supporter. Ce n’est pas le même stress. Là, c’est le stress de la passivité. On ne contrôle rien, on subit, sans pouvoir d’action. La finale, je l’ai regardée en famille, tout le monde m’a dit : tu vois ce qu’on subit depuis 10 ans ». Il admet avoir passé une mauvaise nuit entre le samedi et le dimanche, et avoir eu un peu de mal le matin, en attendant la course.

Une finale pour laquelle Alexis Besançon avait tout prévu, en mettant en place un groupe de soutien pour Hugo Boucheron au 1250 mètres. « Hugo n’a pas forcément besoin de ça, commente Matthieu Androdias, mais là ça devait être le cas. Il est arrivé à court sur la fin de ces championnats. Valentin a plutôt le type de profil qu’il faut canaliser, Hugo qu’il faut parfois booster. Il a passé un hiver chaotique, et tous ces changements, ça pompe de l’énergie. J’ai senti que sur les deux dernières courses, Alexis mettait en place toutes les cartouches pour assurer. La finale B c’est une course ultra dense, une course qualification. La force d’Alexis, c’est de mettre en place un coaching personnalisé par rapport aux besoins qu’il ressent chez ses athlètes. Et Hugo avait besoin d’énergie interne ».

Matthieu Androdias va reprendre deux semaines avant les autres, aux environs du 18 septembre, avant un premier stage au Temple-sur-Lot. Une première échéance de reprise pour tester aussi le lieu qui accueillera le stage terminal avant les Jeux. « Cela sera aussi le bon moyen pour relancer la dynamique collective, passer du temps ensemble. Il y a un état d’esprit collectif que je ne voyais pas en équipe de France avant ». Des propos forts, que Matthieu confirme et explique. « C’est la première fois que je sens que les athlètes souhaitent la réussite des autres équipages. J’ai connu un paquet de saisons où ce n’était pas le cas. Ca se tirait dans les pattes, ça attendait que les autres se plantent. Les plus anciens comme moi l’ont remarqué. Alors que la réussite des uns profite à tous ».

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