
Le club d’aviron de La Sône a servi de décor au film Un p’tit truc en plus, réalisé par Artus. Une expérience née d’un heureux hasard, devenue une aventure humaine marquante.
Une rencontre décisive au bord de l’eau
À première vue, rien ne destinait le paisible plan d’eau de la Sône à accueillir une équipe de tournage. Entre l’Isère, la retenue du barrage de Saint-Hilaire et les eaux plus discrètes de la Bourne, le site est surtout connu des rameurs pour la qualité de son cadre et la diversité de ses parcours.
C’est pourtant ici, en février 2023, que tout bascule. Ce jour-là, Magali Claverolles, chargée de repérages pour un projet de film, pousse la porte du club. Sa demande est simple : trouver un prestataire pour encadrer une scène nautique. Elle pense alors au kayak.
Mais la rencontre prend rapidement une autre tournure. Face à elle, des bénévoles habitués à accompagner des publics variés, notamment en aviron santé et handi-aviron. Le scénario qu’elle évoque — une sortie sur l’eau avec des comédiens en situation de handicap — résonne immédiatement.
Une démonstration est improvisée. Des images sont tournées, transmises. Quelques jours plus tard, le réalisateur est sur place. Séduit par le décor comme par les possibilités offertes, il tranche : ce sera de l’aviron.
Le poids du hasard
Avec le recul, les membres du club en sont convaincus : tout s’est joué à peu de choses. Une présence au bon moment, une proposition inattendue, et le film trouvait son décor.
« Si on n’avait pas été là ce jour-là, si on n’avait pas suggéré l’aviron, le tournage serait parti ailleurs », résument-ils. Une succession de coïncidences qui donne aujourd’hui à l’histoire des airs d’évidence.
Le club pose néanmoins une condition dès le départ : que l’image de l’aviron soit respectée. Hors de question de caricaturer la discipline. Une exigence d’autant plus forte qu’un précédent reportage, jugé peu fidèle, avait déjà été refusé.

Un tournage sous le signe de l’attention
Lorsque le tournage débute, à la fin de l’été, le club s’adapte. Quelques bénévoles se relaient pour accompagner l’équipe, manipuler les bateaux, assurer la sécurité. Mais l’enjeu dépasse largement la technique.
Le film met en scène des comédiens en situation de handicap, dont certains présentent des troubles du spectre autistique ou une trisomie. Très vite, une règle s’impose : préserver un environnement stable.
« Ce sont des personnes très sensibles à ce qui les entoure. Le moindre élément extérieur peut les perturber », explique-t-on. Sur le plateau, une atmosphère particulière s’installe, presque familiale. Les prénoms réels sont utilisés en permanence, afin de maintenir une continuité entre le jeu et les moments hors caméra.
L’eau comme révélateur
Au fil des jours, les membres du club assistent à des évolutions parfois saisissantes. Certains comédiens, d’abord hésitants, gagnent en assurance. L’un d’eux, particulièrement réticent à monter dans un bateau lors des premiers essais, finit par trouver dans l’eau une forme d’apaisement.
« On a vu de vraies progressions. Tous étaient heureux d’être là », racontent les encadrants.
Au-delà du film, c’est une autre image de l’aviron qui se dessine. Loin des clichés de performance et de compétition, le sport apparaît ici comme un espace d’inclusion, accessible à tous les publics.

Entre spontanéité et imprévus
Le tournage se distingue aussi par son approche. Loin d’un cadre figé, l’équipe fait le choix de s’appuyer sur la spontanéité des comédiens, en intégrant leurs singularités au jeu.
Une liberté qui donne lieu à quelques imprévus. Lors d’une scène, du matériel du club est utilisé sans précaution particulière, entraînant quelques dégâts. Des conséquences bien réelles, puisque l’une des pelles endommagées fera défaut lors d’une compétition quelques semaines plus tard.
D’autres détails prêtent davantage à sourire, comme cette difficulté persistante à faire adopter le bon vocabulaire : « On a essayé de leur faire dire “pelle”, mais dans le film, ça reste “pagaie”. »
Une aventure humaine avant tout
Si les retombées économiques restent modestes pour le club, l’expérience laisse une empreinte durable. Par l’ambiance sur le tournage, d’abord, que même certains techniciens disent n’avoir jamais connue ailleurs. Par la personnalité du réalisateur, aussi, fidèle à lui-même, mêlant humour et proximité avec l’ensemble de l’équipe.
Mais surtout, par ce qu’elle révèle : la capacité d’un lieu, d’un sport et d’un collectif à s’adapter, à accueillir, à créer du lien.
Avec Un p’tit truc en plus, l’Aviron Sud Grésivaudan n’a pas seulement prêté son décor. Il a, à sa manière, contribué à porter un regard différent — plus simple, plus direct — sur le handicap et sur le vivre-ensemble.