Benoît Demey raccroche les pelles tricolores

» Benoît Demey raccroche les pelles tricolores

Il l’a annoncé récemment sur les réseaux sociaux : le rameur annécien a mis un terme à sa carrière en bleu blanc rouge.

Après une année où il avait choisi de se mettre en retrait, Benoît Demey avait finalement décidé de remonter en bateau pour une nouvelle saison en 2023. « Je savais que ce serait un parcours semé d’embûches, explique Benoît Demey, qu’il y aurait des difficultés à lever les difficultés, tant sur le plan sportif que social ou professionnel ». Côté performances individuelles, le rameur était de retour en bonne forme. « Je n’étais pas loin de mes meilleurs scores, j’étais le deuxième pointu sur la tête de rivière de novembre… J’étais le deuxième tribord sur le test ergo de février. Personnellement, tout était au vert pour moi, même si je n’étais pas convoqué en stage, ni vu niveau fédéral ».

Après plusieurs tentatives d’appairage, notamment avec Charlélie Rubio qui a finalement basculé sur le skiff, c’est avec Louis Chamorand que Benoît Demey a été associé. Le rameur d’Aix-les-Bains était alors de retour de blessure en janvier. « Après quelques sorties, ça a bien collé, ça a été plus compliqué ensuite. Mais il n’était pas vraiment guéri ».

Les championnats de France bateaux courts allaient s’annoncer compliqués. « On n’a pas fait les zones. On n’était pas dans le groupe France, mais on était dans les quotas. Mais Louis ne pouvait pas faire deux grosses courses à Cazaubon, surtout au vu des conditions compliquées côté météo. Et c’est ce qui s’est passé. On a fait la demi-finale, on est passé en finale B. Mais Louis s’est surblessé, on n’a pas couru le dimanche ».

Ce fut la difficulté de trop pour Benoît Demey. « quand tu es en A, tu n’as pas les U23 pour te rattraper et quand tu es en fin de carrière, tu n’as plus l’appartenance à l’équipe de France. En 10 ans, j’avais fait le tour de tout ce qu’il fallait pour y arriver, j’y avais mis beaucoup de volonté, de cœur à l’ouvrage ».

La décision qu’il avait alors retardée, celle de raccrocher les rames, il n’avait alors plus le choix. Il nous l’avait d’ailleurs confié en début d’année : s’il ne passait pas le cap de la digue, il allait falloir s’arrêter. « C’est une décision pas forcément de choix mais de situation, quand on se relance, qu’on a bien réfléchi et qu’on repart dans l’aventure, ce n’est pas pour s’arrêter. A 31 ans, je ne voulais pas tomber dans l’acharnement déraisonnable. Et le quatre sans barreur est quasiment fait. C’est encore plus dur de revenir, surtout en pointe. Si on n’a pas ne bon appairage, ça ne va pas au bout. Benoît Brunet ne comprenait pas pourquoi je n’étais pas attendu ». Mais l’Annécien est conscient de ce qui a fait la différence : « mon erreur, ça a été de m’éloigner au moment de l’arrivée de Jürgen Gröbler, il avait pris ses marques, et il les a prises sans moi. Mais j’assume de l’avoir fait ».

L’officialisation fut indispensable pour lui. « J’avais ce besoin, je sentais beaucoup de considération et de respect de la part des rameurs. Le staff ne m’attendait plus. Ce fut dur à faire, mais nécessaire, pour ceux qui m’ont encouragé, pour tout ce monde-là ».

Son avenir en aviron, il ne l’envisage plus trop en compétition. « Je vais ramer pour le plaisir, probablement pas pour les bateaux courts, je ferai les championnats de France bateaux longs ou sprint, mais ça s’arrêtera là. Quand on voit comme on perd vite la caisse en aviron, c’est un truc de fou. Il faut en faire tout le temps pour faire des scores, sinon tu tires moins à l’ergo, tu glisses moins en bateau, ça ne se perd pas mais le haut niveau se perd vite ».

Son accomplissement est désormais personnel et professionnel. Il est kinésithérapeute en réanimation à Edouard-Herriot à Lyon, sur la prise en charge aigue, c’est intensif comme soins. Mais Benoît Demey revient aussi sur ce qu’est aujourd’hui une démarche de haut niveau. Il faut démarcher des sponsors, gérer ses réseaux sociaux, on ne peut pas compter sur les aides de la FFA. Il est nécessaire de se montrer, trouver des sponsors, pour performer, avoir accès à de la nutrition, payer des déplacements, du staff, avoir un entourage professionnel… Il faut être un influenceur de haut niveau pour perdurer à haut niveau, c’est maintenant incontournable. J’ai fait carrière sans ça, mais maintenant, ça ne serait pas possible ».

C’est en vélo qu’il va passer les 10 prochains jours, en rentrant de Bretagne jusqu’à Lyon. Mais il pense encore à l’aviron : « j’ai pour projet de créer une formation à destination des kinésithérapeutes (dans un premier temps) sur la prise en main de l’ergomètre rameur comme outil de rééducation à part entière, et de permettre au plus grand nombre d’en exploiter au mieux toutes les fonctionnalités et les atouts dans la rééducation des patients.

Le projet n’en est encore qu’à ses débuts, mais il pourrait prendre forme dans les prochains trimestres ».

Ses pensées vont à tous les rameurs et rameuses qu’il a croisés. « Je pense aussi à nos valeurs, celles de notre sport, ce sport générateur de plaisir mais aussi de frustration. Tout ça, ça te construit, et ça fait des bons gars ».

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