Les Jeux olympiques et paralympiques repoussés d’un an

27 Mar 2020

 

On pourrait être tenté de dire que le coronavirus a eu raison des Jeux de Tokyo… mais il n’en est rien. C’est plutôt la raison qui l’a emporté, sous la pression des fédérations internationales, de comités nationaux olympiques qui devenait de plus en plus pressante. Le gouvernement japonais a proposé de décaler d’un an l’organisation des Jeux de Tokyo 2020, et le comité international olympique a accepté cette proposition. “Les JO reportés seront le témoignage de la défaite du virus”, a lancé Shinzo Abe, Premier ministre nippon, à la télévision.

Réactions sur 26 mars 2020

Pierre Houin devait jouer sa qualification sur la régate finale de Lucerne, annulée en raison de la pandémie de SARS-CoV-2. Il a accueilli la nouvelle de report des JO avec soulagement. “Déjà, cela nous permettra de courir la qualification de manière équitable avec une régate digne de ce nom, et cela me rassure, car la fête des Jeux aurait été ternie avec tout ce qui se passe. Cela aurait tout gâché aussi au niveau sportif, avec des victoires qui auraient eu lieu face à des nations qui n’auraient pas pu être à leur niveau”. Le rameur toulois continue de s’entraîner dans son appartement, qu’il a réaménagé avec vélo, ergomètre et nécessaire pour la musculation. “J’adore m’entraîner, j’y vois l’opportunité de gonfler le volume et de progresser, d’être meilleur que jamais, même si c’est un peu avoir le bureau à la maison”. Une journée rythmée entre entraînements et cours à distance. Pierre Houin a son idée sur la suite de la saison : “Tenir des mondiaux non olympiques en août, alors que les Jeux qui se tenaient quasiment à la même date ont été reportés, cela serait compliqué. La meilleure solution serait d’organiser des championnats d’Europe en septembre, pour permettre aux nations européennes de s’affronter. Mais tout dépendra de la date de report des JO”.


Quentin Antognelli devait prendre part aux Jeux de Tokyo lui aussi, sous les couleurs de la Principauté de Monaco. Confiné en Angleterre, à Oxford où il est étudiant, aux côtés de quatre autres rameurs, il s’est confié à nos confrères monégasques de Monaco Tribune : “Quand on s’entraîne pendant près de quatre ans, cette décision nous met forcément un coup au moral. J’avais prévu de finir mes études avec plus de tranquillité l’an prochain, mais je vais devoir repartir sur une année très chargée comme celle qui vient de s’achever. On est aussi déçu, car nous allons manquer toute la saison et notamment la plus grosse régate anglaise. Il va falloir attendre au minimum septembre et les championnats de France pour retrouver un plan d’eau”. En effet, les régates royales d’Henley, événement mythique qui attire sur les eaux de la Tamise les plus grands noms de l’aviron, ont été annulées, sans possibilité de report.

Réactions du 25 mars 2020
Laura Tarantola a elle aussi accueilli la nouvelle un peu comme un coup de massue, même si comme sa coéquipière Claire Bové, elle estime la solution adoptée comme la meilleure. “Déjà ce n’est pas une annulation, note-t-elle, c’est la solution la plus intelligente avec tout ce qui se passe, cela aurait été compliqué d’un point de vue éthique de maintenir les Jeux cet été”. Elle attend maintenant que l’encadrement communique sur la suite. “Mais tout le monde a eu la nouvelle en même temps, il faut attendre que ça se mette en place”. L’éloignement de l’objectif final lui pose toutefois un problème. “Il va falloir se mettre dans la tête que maintenant, il faut viser un objectif qui est dans quinze mois, il faudrait trouver un objectif à plus court terme, pour se remotiver”. Laura Tarantola va avoir besoin de souffler un peu, d’encaisser cette annonce pour repartir, surtout avec les contraintes du confinement. “Avec Claire, on va avoir le temps de travailler en bateau une fois que tout ça sera passé, il faut voir le côté positif”. Côté professionnel, elle admet avoir de la chance. En convention d’insertion professionnelle avec la SNCF, elle espère pouvoir compter sur un nouveau détachement afin de lui permettre de préparer au mieux les Jeux l’année prochaine, mais elle va devoir revoir ses plans. “J’avais prévu de profiter un peu après Tokyo, de lâcher du lest, ça va devoir attendre plus longtemps”.

Réactions du 24 mars 2020

Claire Bové © Eric Marie-Médias Aviron

Un report qui aura un impact financier non négligeable sur l’économie japonaise, mais qui a aussi des conséquences sur les athlètes. Pour Claire Bové, l’annonce du report ne lui a d’abord fait ni chaud, ni froid. “Déjà ce n’est pas annulé, commente Claire Bové, tant mieux, c’est un mal pour un bien. Avec Laura on n’avait pas beaucoup ramé ensemble, cela nous laisse du temps pour faire plus de parcours ensemble, être plus fortes”. Mais elle pense aussi aux autres rameuses et rameurs : “Je voulais aller jusqu’à Paris 2024, mais je pense aux autres athlètes qui eux voulaient arrêter cette année, il va falloir continuer une année de plus”. Ce report aura un autre impact sur sa vie personnelle. “Mes parents avaient tout réservé pour cette année, ça a un coût qu’ils ne pourront pas refaire en 2021. Et du côté de mes études, je ne comptais pas dédoubler ma deuxième année de kiné après ces Jeux, là je n’aurai plus le choix. Il y a aussi tout ce qui s’organise autour des Jeux, la préparation, mais aussi mes stages professionnels que j’avais repoussés en août, donc pas de vacances”. Ma motivation à l’entraînement reste la même : “C’est un sport passion, je vais continuer, je fais confiance aux coaches”.

Hélène Lefebvre © Eric Marie-Médias Aviron

La motivation, c’est sur ce point qu’Hélène Lefebvre déclare avoir le plus de mal. “Ce report est un coup dur, explique la Nogentaise, même si on s’y attendait. On en parlait entre nous, mais de là à ce que ça devienne officiel…” La rameuse se souvient de son retour d’Afrique du sud et de l’arrivée du groupe à l’aéroport. “On voyait les affiches sur le coronavirus, mais jamais on aurait envisagé que ça aboutirait à ça”. Elle n’a donc pas accueilli la nouvelle de manière sereine ou soulagée. “Avec les autres athlètes, on est tous là à attendre, à se demander ce qu’on fait maintenant. Le calendrier international est chamboulé, la planification s’effondre. Tous les jours je m’entraînais dans mon garage, j’étais prête pour un mois de confinement ; là il va falloir retrouver la motivation. Mais sans objectif, ça va être dur. On ne peut pas s’entraîner sans savoir où l’on va”.

Denis Masséglia s’est exprimé en début d’après-midi sur l’antenne de C News. “Ce n’est pas une surprise vu la communication du CIO depuis dimanche. Il y avait trois scénarios possibles, celui du report d’un an est la solution la plus consensuelle pour les Jeux olympiques et paralympiques avec le même programme, sans doute les mêmes qualifiés, reste à voir pour les autres qualifications. C’est important pour les conditions sanitaires et d’équité sportive, mais aussi pour le sport, la santé des athlètes et ceux qui s’intéressent au sport”.

Les athlètes se retrouvent en effet dans une saison internationale qui pourrait être blanche. Tous les regards sont maintenant tournés vers le CIO pour connaître les modalités concernant les athlètes déjà qualifiés pour les Jeux, pour ceux qui ne le sont pas, et vers la FISA qui va devoir proposer des solutions. Une équation à plusieurs inconnues, alors que le Covid-19 continue à s’étendre un peu partout sur le globe.

Fabrice Petit

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